L’HERITIERE EN NOIR 2

L'HERITIERE EN NOIR 2 dans découverte gothique2

L’héritière en noir 1 : http://lekiosquedesmots.unblog.fr/2013/07/18/lheritiere-en-noir-1/

La tête sur le côté, les bruits lui parvenaient au travers d’un épais brouillard. Panique dans le cœur de l’église. Elle entendait « c’est l’émotion, il faut qu’elle mange »,   »un verre d’eau ». Non, non elle voulait simplement respirer, sortir de cette prison de pierres mais aucun son ne sortait de sa gorge sèche. Il lui semblait qu’une force extérieure la tirer hors de sa chaise mais en fait on la calait pour qu’elle ne bascule pas. Elle ouvrit les yeux, une multitude d’étoiles scintillantes dansaient devant elle, elle battit des paupières pour les chasser enfin elle distingua des visages inquiets au-dessus d’elle.

Elle finit par reprendre pied complètement. Elle était vidée mais elle savait que ce malaise n’était pas anodin, elle en était sûre c’était un avertissement. Elle passa le reste de la cérémonie plongée dans un épais brouillard, les mots l’effleuraient, elle ne comprenait plus rien. Elle sentait seulement ce froid qui l’envahissait, qui la pénétrait jusqu’au plus profond d’elle-même. Plus rien ne serait comme avant.

Ses parents n’avaient pas attendu. Il l’avait amené chez un guérisseur. Qu’avait-il dit ? Elle avait vu le visage défait de son père et de sa mère, elle attendait. Rien juste des regards fuyants, elle ne saurait jamais.

Cet incident devint tabou, « on » évitait le sujet. Pourquoi ?

Elle aurait aimé savoir, comprendre. Elle sentait parfois ce froid qui la pénétrait, elle se taisait et cachait sa peau qui prenait des allures d’un hérisson tant les frissons devenaient si puissants. Son intuition lui disait que quelque chose cherchait à lui ravir son innocence que son âge la poussait vers un autre monde. Une porte s’était entrouverte, des yeux lorgnaient sur la pureté de sa conscience.

Durant des années, sa vie s’écoula partagée entre ses grands-parents et ses parents. Une période si riche en enseignements de la vie qui seraient les fondations même de son existence. Elle respirait la joie de vivre et l’on entendait ses éclats de rire dans le jardin, elle était heureuse tout simplement.

La tête dans un coin de ciel bleu, elle ne voyait pas les nuages qui dessinaient au loin le chemin de son destin. Adolescente, elle fréquentait l’internat d’un lycée. Elle n’avait pas eu le choix, il était trop éloigné de son domicile. Elle ne s’y sentait pas franchement à l’aise. Les deux corps du bâtiment étaient aux antipodes l’un de l’autre. L’un était un ancien cloître, l’autre datant seulement de quelques années. Elle fréquentait la plus vieille bâtisse. Elle marchait sur les pas des nonnes disparues. Parfois il lui semblait sentir un léger souffle comme si un voile venait l’effleurer. Un tout petit recoin attirait particulièrement son attention. Rien d’exceptionnel pourtant, un cul de sac mais à regarder de plus près un mur récent obstruait le passage. Elle aimait s’y réfugier, s’asseoir en boule. Elle fermait les yeux et au plus profond de son âme, elle entendait au loin des prières si légères qu’elle avait envie de s’y perdre. Elle aurait aimé savoir ce qui se cachait derrière ces briques.

Couchée dans son lit, son dortoir était au dessus du réfectoire, une rumeur remonta jusqu’à elle par les fenêtres restées ouvertes. Elle allait grandissant mais ne comprenait pas encore l’objet de ces hurlements. Agacée, elle se leva d’un bond et découvrit un attroupement de filles plus ou moins habillées en train de s’agiter mais surtout terrifiées. Toutes venaient d’un autre bâtiment ancien. Certains mots lui parvenaient « hurlements » « prières » « effleurements » « froid » « courant d’air ». Le dortoir rose, elle en avait entendu parler. Les nonnes y dormaient, il y a bien longtemps. Il lui avait été rapporté que parfois d’étranges manifestations s’y produisaient. Le même résultat à chaque fois, tout le monde se retrouvait dans la cour en larmes hurlant des mots que personne ne voulait écouter ni entendre d’ailleurs.

Rapidement, elles se retrouvèrent encadrées par le personnel de l’établissement qui leur ordonnèrent de retourner dans leur quartier. Têtes basses, elles rebroussèrent chemin en silence. De toute façon il fallait se taire, ordre de ne pas propager une rumeur qui aurait pu conduire vers une révolte générale.

Eleonora savait que cet incident n’était pas si anodin que ça. Combien de nonnes étaient décédées dans ce dortoir rose ? Les murs gardaient en mémoire la souffrance de ces femmes. Sa grand-mère lui avait enseigné que chaque pierre aurait pu raconter l’histoire de ses occupants. Témoins silencieux de toutes ces vies, ils leurs arrivaient parfois d’exaler cette douleur comme un appel au secours. Le lendemain, elle apprendrait que toutes avaient réuni leur matelas en un seul lieu, les escaliers. Elles avaient refusé de réintégrer ces murs qui semblaient les rejeter.

Elle, elle savait qu’il était temps qu’elle quitte cet établissement. Il lui semblait étouffer. Sa poitrine comprimée lui faisait mal. Dans son petit coin sans issue, elle grelotait maintenant. Les arcades du vieux cloître l’oppressaient, des ombres voilées dansaient devant ses yeux.

Elle plia bagages en juin. Elle ne revint jamais et surtout ne pas savoir………………

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